TEZEA – L’entreprise à but d’emploi
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Une entreprise à but d’emploi fournit des légumes pour la restauration collective ! Action Coeur de ville Février 2025

 

Publié le 27 février 2025par Delphine Lethu- Ille-et-Vilaine
Action cœur de ville, Economie Sociale et Solidaire

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Dans l’agglomération redonnaise, l’entreprise à but d’emploi (EBE) Tezea porte une activité de légumerie répondant aux besoins de la restauration collective. Lancée en pleine crise sanitaire en 2020, la légumerie est devenue en quatre ans un maillon essentiel de l’alimentation durable du territoire.

 

Entre Rennes et Nantes, les 31 communes de Redon agglomération sont réparties sur trois départements : l’Ille-et-Vilaine, le Morbihan et la Loire-Atlantique, et deux régions : la Bretagne et les Pays de la Loire. Le territoire enregistre le 3e plus fort taux de chômage de Bretagne, une importante disparition du secteur agricole et peu d’industries agroalimentaires. En revanche, le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) est dynamique, avec 19 % des emplois. Tezea, une entreprise à but d’emploi (EBE), est d’ailleurs créée dès la première expérimentation des Territoires Zéro chômeur de longue durée(Lien sortant, nouvelle fenêtre) en 2017. C’est aussi l’année où Redon agglomération lance son Programme agricole et alimentaire de territoire (PAAT) visant la production et la consommation responsables, et s’attaque au sujet de l’approvisionnement en circuit court des restaurants scolaires. 

La difficile logistique en milieu rural

En quelques années, trois tentatives de plateforme entre producteurs locaux et restaurants scolaires échouent. L’approvisionnement des cantines se heurte aux frontières administratives, aux différences de labels ainsi qu’à la difficile logistique en milieu rural. « Un des enseignements est que l’intercommunalité n’est pas la bonne échelle pour porter de tels projets, explique Nicole Giraud, responsable du pôle agriculture, alimentation et ESS à Redon agglomération. L’agglomération doit apprendre à travailler dans chaque département en tenant compte des disparités locales, notamment le fait que la restauration soit gérée en régie ou déléguée. »

Répondre à un besoin non couvert

Une autre idée germe alors, celle de doter le territoire d’un outil de transformation de produits bruts, répondant mieux aux besoins de la restauration collective. Le portage est confié à Tezea. « Une EBE est là pour donner un emploi à des personnes privées de travail en répondant à des besoins non couverts sur un territoire », explique Nicole Giraud. « Les légumeries ont des difficultés à trouver leur stabilité économique à cause de la main-d’œuvre nécessaire et de faibles marges par rapport aux produits bruts, poursuit Serge Marhic, directeur de Tezea. L’EBE a comme finalité d’asseoir un modèle économique avec des activités utiles et non concurrentielles, en prouvant que cela ne coûte pas plus cher que l’allocation versée aux personnes privées d’emploi. » 

Des légumes crus prêts à l’emploi

« La légumerie a été expérimentée pendant la crise sanitaire de 2020 dans un laboratoire loué dans une ferme, témoigne le directeur de Tezea. Le ralentissement de la restauration collective avait entraîné des surplus chez les maraîchers locaux. » La principale activité est le légume de 4e gamme (pomme de terre, carotte, courgette, oignon, potiron) et quelques fruits (pomme et fraise). Il s’agit d’un produit frais lavé, épluché, découpé et mis sous vide avec une date limite de consommation à 7 jours. « Il a été difficile d’évaluer les quantités de légumes disponibles auprès des maraîchers en agriculture biologique ou conventionnelle, poursuit le directeur de Tezea. Nous donnons la priorité aux petits volumes. Nous nous fournissons auprès d’une dizaine de maraîchers. » Très vite, la légumerie s’impose comme un maillon dans la chaîne alimentaire durable. « Tezea fait le lien entre les producteurs et les structures de restauration collective tout en créant de nouveaux débouchés pour les maraîchers locaux. Il est important de regarder l’EBE par le prisme de l’expérimentation zéro chômeur longue durée et donc de la création d’emplois. »

Polyvalence et souplesse permettent la montée en charge

En 2021, Redon agglomération obtient 80 000 euros pour pérenniser le projet de légumerie via le Plan relance des PAT, piloté par la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de Bretagne (Draaf). « Nous avons fait le choix d’installer la légumerie à côté de notre recyclerie à Pipriac, afin de mutualiser les effectifs, explique le directeur de Tezea. Notre force est la polyvalence des personnes employées, ce qui nous donne de la souplesse car on peut organiser leur temps de travail sur plusieurs activités. » Tezea gère en effet 33 activités : laverie, bois de chauffage, recyclerie… pour 60 personnes employées. Depuis septembre 2024, Tezea produit ses légumes prêts à l’emploi dans de nouveaux locaux équipés d’une ligne de production semi-industrielle sur plus de 250 m². La légumerie monte progressivement en charge, en passant d’un effectif de 8 à 12 personnes à fin 2025 et d’une production hebdomadaire d’une tonne sur trois jours à trois tonnes sur cinq jours. « Nous veillons à un développement lent et bien cadré. Il faut croître doucement pour asseoir le modèle au regard des moyens, des effectifs et des capacités d’investissement. » 

Des selfs qui jouent le jeu de la transformation locale

La légumerie apporte de la souplesse aux structures de restauration qui peuvent concevoir leurs menus à 15 jours et passent leur commande au plus juste une semaine à l’avance. Elle approvisionne 25 structures sur la partie Ille-et-Vilaine de l’agglomération : cantines, restaurants d’entreprises, Ehpad, communes, hôpitaux… « Pour le moment, nos principaux débouchés sont les restaurants scolaires. Le département d’Ille-et-Vilaine impose aux collèges de se fournir auprès de notre légumerie pour assurer une part de produits bios et locaux dans ses menus. Mais nous ciblons toute la restauration collective, pas uniquement les cantines scolaires, afin de maintenir l’activité durant l’été. » En 2025, Tezea devrait équilibrer son modèle avec une production suffisante, même si les factures d’eau et d’électricité sont encore une incertitude et pèsent sur le budget.

Un autre modèle expérimenté pour les communes du Morbihan 

Redon agglomération poursuit sa démarche d’accompagnement de la restauration scolaire vers une alimentation durable et locale. Pour les cantines du Morbihan, principalement en régie, une expérimentation est lancée depuis juin 2024 avec l’association La Palette paysanne, une plateforme portée par les paysans du Pays de Questembert.

Budget d’investissement de la légumerie

Total : 900 000 euros TTC

dont :

Tezea : 450 000 € (prêt)

Département Ille-et-Vilaine : 215 000 €

Agglomération de Redon : 130 000 € dont 80 000 € via la DRAAF

Région Bretagne : 30 000 €

Autofinancement : 155 000 €

Budget de fonctionnement

L’État (Fonds d’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée) et le Département versent à Tezea une aide à l’emploi entre 18 000 et 20 000 euros par Équivalent temps plein et par an

Redon Agglomération

Nombre d’habitants :

66727

Nombre de communes :

31

3 rue Charles Sillard, CS 40264

35605 Redon Cedex

02 99 70 34 34

contact@redon-agglomeration.bzh

Jean-Luc Levesque

Vice-président, en charge de l’emploi, de l’insertion par l’activité économique et économie sociale et solidaire

Rémi Beslé

Vice-président, en charge des transitions écologique, alimentaire et sociétale

Nicole Giraud

Responsable du pôle agriculture, alimentation et économie sociale et solidaire

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Quand TEZEA et les producteurs adhérents du Goût d’ici se rencontrent et s’associent…

ça donne un nouveau point de collecte à #pipriac

A compter du vendredi 4 octobre 2024, vous pourrez venir chercher vos paniers plein de bons produits bio, frais, de saison et presque tous issus de fermes des #vallonsdevilaine à la légumerie de TEZEA

Nous comptons sur vous pour faire du bruit et partager sans modération ! 😉

www.legoutdici.com

#legoutdici#produitsfermiers#circuitcourt#drivefermier#produitsdenosfermes#produitsdesaison#producteursbio

 

 

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Patrick Valentin raconte ! Histoires Ordinaires Avril 2018

Ils proposent des lieux sans chômeurs de longue durée !

« Zéro chômeur de longue durée », c’est possible. Quatre territoires tentent l’expérience et une proposition de loi arrive devant les députés le 23 novembre. L’idée, portée par ATD Quart Monde et objet d’une « grève du chômage » le 15 octobre ? Avec tout l’argent du chômage de longue durée, finançons plutôt des emplois répondant aux nombreux besoins locaux. À l’origine, des gens de terrain autour de Patrick Valentin, expert armé de savoirs, d’humanité et d’une méthode quasi philosophique : le contre-pied.

L’affaire est complexe. Elle révolutionne les comportements politiques, administratifs, individuels. Mais Patrick Valentin a les arguments et le charisme pour convaincre. Rencontre dans son fief angevin, à Saint-Barthélémy d’Anjou, dans les locaux bien sûr d’une association intermédiaire, AITA.

Un jésuite philosophe chez les patrons de la métallurgie

Ce projet « zéro chômeur » vient de loin ! Dans le petit bureau de l’association, nous voilà soudain ramenés à la fin des années 50. Patrick Valentin est alors adolescent. Membre des Conférences Saint-Vincent de Paul, il visite régulièrement des personnes en grande pauvreté. Par là, il nourrit sa vocation, celle de devenir Jésuite. Et il le deviendra.

Ses études de philosophie, théologie, psychologie iront toujours de pair avec le réel. Durant deux ans de coopération, il découvre la pauvreté malgache. Puis il rencontre le grand dénuement indien, les lépreux de Bangalore, les actions du Père Ceyrac et de Mère Teresa. Quand il rentre en France à 23 ans pour reprendre ses études, c’est pour découvrir en même temps le père Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde, et son principe de vie : «  L’importance des personnes, rappelle-t-il, être à leur écoute, ne pas prendre leur place. »

Il devient donc Jésuite (il le restera neuf ans avant de se marier : le grand chambardement post-68…) À son bagage  en sciences humaines, il ajoute le Droit et l’Économie. La gestion des entreprises le taraude. C’est ainsi qu’il entre à 28 ans au Groupe des Industries Métallurgiques (GIM), le syndicat patronal, pour s’occuper de l’emploi. Trois ans plus tard, fin 74, il quitte Paris pour Angers, toujours au patronat de la métallurgie : une nouvelle découverte va alors le marquer, qui fait rudement réfléchir 40 ans plus tard…

Il y a 40 ans, « nous savions déjà »…

A la montée du chômage déclenchée par la crise pétrolière de 1973 s’ajoute celle de l’informatique.  « J’ai vraiment découvert, dit-il, qu’on était sur une pente où on allait éliminer les moins performants, les moins résistants. On savait très bien que la question de l’emploi allait devenir abominable par rapport à la société. Un de nos adhérents, c’était Bull-Angers. Un ordinateur tenait à peine dans cette pièce mais la miniaturisation était en route à bride abattue. 

Ce que nous savions ainsi déjà, ajoute-t-il, c’est que l’emploi ne serait plus la conséquence de l’épanouissement de l’économie, que l’économie allait s’épanouir sans avoir besoin d’employés. » D’autant plus qu’à la même époque, la mentalité néo-libérale se débride, symbolisée en France par Giscard d’Estaing qui libéralise la monnaie.

La mondialisation est en marche, poussée par les progrès de l’informatique qui abat les frontières. Le cercle se referme sur l’emploi. « Et pourtant, dans ces années-là, on importait encore des bateaux entiers de travailleurs algériens ! Alors qu’on savait que vingt ans plus tard on n’aurait absolument plus besoin d’eux. Nous sommes des êtres très court terme… »

Un pool d’entreprises solidaires

En ce milieu des années 70, Patrick Valentin tombe sur un idée qui va réconcilier ses savoirs et ses valeurs, orienter désormais toute sa vie : l’Aide par le Travail. « J’ai été passionné. Ça faisait le lien avec mon passé. J’ai vraiment découvert qu’en transposant le monde de l’entreprise, on pouvait utiliser l’emploi non plus comme un simple outil de production mais comme la possibilité de donner à chacun un rôle à jouer dans la société. C’est cette révolution-là qui m’a passionné. »

Il se lance aussitôt dans l’emploi des personnes « réputées handicapées », comme il dit. Il participe à la création du premier Centre d’Aide par le Travail du Maine-et-Loire. Et recrute, recrute, en fonction des capacités d’accueil. Il finit par diriger cinq CAT : 500 salariés. « Une belle aventure ».

Quelque quinze années passent et la France découvre « l’insertion », avec le RMI en 1989 et l’intuition d’un Claude Alphandéry qui publie en 1990 Les Structures d’insertion par l’activité économique. Alors Patrick Valentin ajoute aux CAT (bientôt ESAT) les entreprises et associations d’insertion. Aujourd’hui, entre les établissements du secteur handicap et les associations sœurs de l’insertion, un véritable pool d’entreprises solidaires spécialisées dans l’emploi s’est formé, comme on le voit sur ce site.

« Un masochisme qui arrange les plus riches »

Trente ans d’expérience de terrain, d’action et réflexion, fondent ainsi l’opération « Zéro chômeurs de longue durée ». Serait-ce que handicap et chômage, c’est du pareil au même ? Attention, tabou. « Mais c’est quoi le handicap ?, souligne Patrick Valentin. C’est une simple question de degré. Je ne connais pas une seule personne qui peut dire : je n’ai pas de handicap. Au lieu de considérer que ce mot désigne une caractéristique humaine valable pour tous, on se précipite pour en faire une catégorie excluant les autres. »

En fait, il y a « un point profondément semblable entre le travail adapté et le travail d’insertion, c’est le mode de modèle économique. C’est le même. Où l’emploi n’est plus un simple outil de production mais devient un objectif de l’entreprise. »  C’est bien sûr paradoxal : normalement, seul le produit est la raison d’être d’une entreprise. Sauf qu’aujourd’hui le paradoxe mérite d’être sérieusement creusé…

« Nous n’avons pas pris en compte tout le potentiel que représentait la libération du travail contraint. Puisqu’on s’en libère, en mettant des robots, profitons-en pour faire du travail utile. Nous sommes masochistes, un masochisme soigneusement étudié qui arrange les plus riches, comme toujours. On pourrait faire beaucoup mieux, on en a les moyens. Des travaux contraints sont hyperlucratifs alors qu’ils sont éventuellement malsains, et des travaux utiles ne sont absolument pas rémunérés alors qu’ils sont d’une très grande valeur.  Il y a un divorce entre le contraint et l’utile. » 

« Vous avez des gens qui savent travailler, du boulot tant et plus et de l’argent qui dort »

Patrick Valentin l’admet : « C’est très difficile à faire comprendre. La société fait tout à l’envers. Prenez la règle peut-être la plus terrible, la plus centrale aussi dans l’échec : la sélection. J’ai toujours été choqué que pour recruter un salarié, on veuille une pile de CV. Moi je prends le premier qui vient et je vois si ça marche. Toute ma vie, j’ai embauché des gens en leur disant : qu’est ce que vous savez faire, qu’est ce que vous voulez faire, qu’est ce que vous voulez apprendre ?  Et c’était des personnes soi-disant handicapées. 

Une personne privée d’emploi, insiste-t-il, c’est d’une stupidité totale, à tous points de vue :  économique, financier, psychologique, sociétal, social. Et nous savons tous que la croissance économique ne résoudra pas le problème. Il n’y a pas de crise. Il y a une situation d’injustice pérenne qui relève plutôt de la bêtise humaine : l’incapacité à anticiper. » 

« C’est ça notre projet », poursuit Patrick Valentin. Concrètement, avec toute l’expérience de l’économie solidaire, on a entre les mains « toutes les méthodes permettant de sortir de l’ornière : vous avez des gens qui savent travailler, du boulot utile tant et plus et de l’argent qui dort au sens économique : il sert à soutenir de façon très onéreuse pour la collectivité et de façon très médiocre pour les personnes, les gens privés d’emploi. Cela coûte 15  000 à 20 000 € par personne et par an à la collectivité, alors que vous avez des gens qui ne demandent qu’à travailler et plein de boulots utiles à faire. »

« Des petits territoires hyper responsabilisés »

Si le constat est assez simple, la réponse est complexe et le père de « Territoires zéro chômeurs de longue durée » doit contrer les objections. Comment par exemple éviter l’effet d’aubaine, ne pas nuire à l’emploi ordinaire ? « La réponse, c’est l’expérimentation sur des petits territoires hyper responsabilisés, qui auront tous les pouvoirs sur cette expérimentation. » 

Ces territoires, en outre, sont hyper motivés : on n’est pas allé les chercher. « Toute la force vient que l’initiative n’est pas prise par d’autres que les personnes concernées, dans la logique d’ATD. Des candidats sont venus à nous, nous les avons aidés à élaborer leur candidature. Ensuite, nous avons diffusé ces idées et nous avons vu plein de gens se passionner pour ça, souvent très liés à la question de l’emploi d’insertion. » 

Autre point crucial : comment déplacer les 15 000 à 20 000 € du chômage (allocations, manque à gagner, coûts induits…) vers ces emplois ? Le débat est très technique. Sur le papier, la présentation est claire, dans les faits ce sera plus compliqué. Il faudra sans doute passer par des relais financiers provisoires.

Le 15 octobre, des piquets de grève de chômeurs

En attendant, le responsable du Réseau Emploi-formation d’ATD Quart Monde et la dizaine de personnes qui l’entoure sont au front avec les quatre territoires clairement engagés dans la démarche en Ille-et-Vilaine, Meurthe-et-Moselle, Deux-Sèvres et dans la Nièvre. Un cinquième projet les suit dans les Bouches-du-Rhône. D’autres territoires, urbains  cette fois, sont en lice : des quartiers de Lille, Dijon, Lyon, Bordeaux…

« On prépare la grève du chômage du 15 octobre d’arrache pied, poursuit Patrick Valentin. Quand les salariés ne sont pas satisfaits, ils arrêtent le travail. Les chômeurs, là, vont travailler gratuitement en montrant tous les travaux utiles à faire. Un humour très sérieux. Les piquets de grève seront des ateliers publics. A Prémery, par exemple, l’ancienne usine désaffectée va être occupée par trente ou quarante chômeurs qui vont nettoyer, repeindre… »

Parallèlement, Patrick Valentin se démultiplie dans les arcanes des divers pouvoirs avec notamment le député socialiste de la Côte d’Or, Laurent Grandguillaume, auteur de la proposition de loi d’expérimentation, qui devrait pouvoir entraîner l’ensemble du groupe socialiste.

« Quand on me dit « C’est de la folie », j’ai une petite lumière qui s’allume »

Toute l’énergie de la société civile semble concentrée chez cet homme qui fait dix ans de moins que ses 72 ans. Un secret ? « Je suis caractériel, blague-t-il. J’agace beaucoup. Il se trouve que ma famille paternelle est assez originale. Parmi les douze enfants, il y avait cinq religieux, dont mon oncle Sylvain, capucin. Sauvé de justesse à la fin de la guerre, il s’est retrouvé dans une salle commune de l’Association des Paralysés de France, très bas de gamme. Il vivait dans la pauvreté mais était d’origine bourgeoise, il a été scandalisé : « On prend les pauvres pour des choses, ils n’ont pas leur mot à dire ! Je vais vous montrer que le contraire est possible. »  Il a construit sa vie comme ça. 

« Je l’ai souvent accompagné. Moi, je suis pareil. Quand on me dit « C’est de la folie »,  j’ai une petite lumière qui s’allume : « ah, c’est intéressant »… » Autrement dit, avec Patrick Valentin,  non, on n’a pas tout essayé contre le chômage. Et imaginons un peu que toutes les administrations se mettent à phosphorer ensemble pour tenter le pari ?

Michel Rouger
Photos Marie-Anne Divet

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80 chômeurs bretons trouvent leur emploi ! Histoires Ordinaires

Pipriac – Saint-Ganton est l’un des dix territoires de l’expérimentation « Zéro chômeur de longue durée »

Le projet « Territoires zéro chômeur de longue durée », initié par ATD Quart monde sur une idée de Patrick Valentin (*), voté à l’unanimité par l’assemblée nationale, devient réalité. Dix territoires ont été retenus en France pour lancer l’expérimentation dont celui de Pipriac-Saint-Ganton en Ille-et-Vilaine. L’espoir de travailler à nouveau renaît et surtout, celui d’être considéré comme utile.

David, 40 ans, a tout essayé pour trouver du boulot… Pôle emploi, intérim, stages, formations… Cela fait cinq ans qu’il cherche, espère, quémande. A chaque fois, la même réponse négative. Tout avait bien commencé pourtant. CAP de maçon en poche, il trouve un emploi chez l’artisan qui l’avait formé en apprentissage. Les commandes affluent et les chantiers ne manquent pas. Jusqu’à la crise. Brutalement, David est licencié. Il a beau chercher aux alentours de cette petite commune d’Ille-et-Vilaine où il réside, plus personne n’a le cœur à l’embauche.

Alors, il devient artiste de rue, avec une petite troupe, modèle des ballons, anime des marionnettes et fait rire les enfants. Ça ne marche qu’un temps. Au hasard d’une rencontre, il trouve un nouvel emploi dans le bâtiment, cette fois comme coffreur-bancheur dans une entreprise de maçonnerie. Le métier est rude mais lui convient. David va tenir six ans jusqu’à ces premières douleurs qui apparaissent au genou, comme des brûlures. D’abord à droite, puis à gauche : « Je pensais que c’était lié au boulot mais c’est devenu de plus en plus douloureux. »

David, qui a alors la trentaine, consulte médecins et spécialistes, passe sur le billard…Le diagnostic reste flou et les douleurs persistent. Il est à nouveau licencié et fait une demande de reconnaissance de travailleur handicapé : « Je l’ai obtenue au bout de deux ans ! » C’est à nouveau la galère pour lui et sa compagne, qu’il vient de rencontrer. Chômage. Déménagement pour trouver une maison plus grande qui puisse accueillir le couple qui vient d’avoir son premier enfant. Heureusement, sa compagne, qui a le permis de conduire, a trouvé un emploi et fait des ménages. Naissance du deuxième puis du troisième enfant, installation à Pipriac, entre Rennes et Redon.

« Cette sensation d’être sans cesse jugé »

David en profite pour réapprendre à lire et à écrire : « Je voudrais bien passer mon permis mais il me faudrait une aide financière. Pour avoir une aide, il faut un emploi, pour avoir un emploi, il faut le permis… Il y a de quoi péter un câble ! » Il entend parler d’une formation de maître-chien qui l’intéresse à condition d’en payer une partie. Impossible : « On n’était pas assez nombreux à s’inscrire alors on nous a dit que ce n’était pas rentable. »

Au bord du désespoir, David s’accroche, continue d’éplucher les offres d’emploi : « On m’a proposé de travailler comme chauffeur-routier, alors que je n’ai pas le permis ! On m’a proposé des offres dans le bâtiment alors que je suis en invalidité, un boulot de maraîcher alors que je ne peux pas tenir à genoux ! J’ai dû avoir à faire à une douzaine de conseillers emploi différents et à chaque fois, il faut tout recommencer. Raconter son histoire avec  cette sensation d’être sans cesse jugé ». En cachant sa maladie et taisant la douleur, il fait plusieurs petits boulots, intérim,  remplacements.

Depuis 2011, plus rien : « Pas un seul emploi ou rien qui ne me corresponde. J’ai fait toutes les recherches possibles. Ma femme a aussi perdu son travail. Avec nos trois enfants, on n’a que 1000 € pour vivre. Il ne reste pas grand-chose en fin de mois… On leur a appris à ne pas dépenser, à rêver juste le minimum… » La déprime s’installe jusqu’à cet appel de Denis Prost en 2014 : « Il nous a parlé d’un projet sur Pipriac et Saint-Ganton, Territoire Zéro chômeur de longue durée. Vous vous rendez compte : redonner du boulot à tous ! Ça nous redonne plein d’espoir. »

Le travail ne manque pas, les chômeurs ne sont pas des fainéants

Ils sont près de quatre-vingts comme David à avoir connu le chômage, les files d’attente, les récits de vie mille fois comptés, les espoirs déçus, les regards suspicieux de l’entourage…. Ils sont près de quatre-vingts demandeurs d’emploi devenus fièrement « chercheurs » d’emploi, à se rassembler autour de ce projet naissant de Territoire zéro chômeur de longue durée : « Non, ce n’est pas le travail qui manque ! atteste Claire Hédon, présidente d’ATD Quart monde. Non, les chômeurs ne sont ni fainéants, ni assistés. Peut-être faut-il changer notre regard et aussi nos modes d’action pour transformer les dépenses passives en dépenses actives ! » 

L’idée est totalement utopique. Et pourtant, la voilà qui prend corps cette année dans dix territoires expérimentaux de France dont celui de Pipriac et de Saint-Ganton. Il y a bien longtemps qu’ATD Quart monde affirme qu’il est possible de faire de l’emploi un droit pour tous. Pourtant, la dynamique a mis du temps à se concrétiser.

2014, pari lancé

Las des tergiversations, ATD Quart monde prend le risque en 2014 d’encourager les territoires intéressés à se lancer dans l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée ». Le cadre légal nécessaire est loin d’être acquis mais qu’importe : chacun espère l’obtenir de cette manière ! Quatre territoires se profilent en France dont celui de Pipriac-Saint-Ganton : « Chacun y trouve son compte, argumente Denis Prost, alors membre de l’équipe nationale d’ATD Quart monde, bien décidé à s’engager sur le territoire breton. L’idée est d’offrir un nouveau droit. On ne force personne à travailler, tout est fondé sur le volontariat. »

De juin à septembre 2014, de nombreuses rencontres ont lieu sur Pipriac et Saint-Ganton. Le PAE, point accueil emploi, dont Franck Pichot, vice-président du conseil départemental, est le président, souhaite fortement porter la démarche. Une première rencontre réunit une trentaine de responsables d’entreprises. Il faut expliquer et faire face aux questions : « Vous ne trouverez jamais 20 chômeurs qui acceptent de travailler ! C’est encore de la dépense publique qui va coûter cher à la société et aux entreprises ! Il vaut mieux baisser les charges des entreprises pour qu’elles embauchent ! » A force de persuasion, à force aussi de rencontres directes entre chercheurs d’emploi et chefs d’entreprise, le regard évolue peu à peu. Emerge une compréhension mutuelle.

Repérer compétences et travaux utiles

De novembre 2014 à mars 2015, un important travail est mené pour repérer les demandeurs d’emploi. Le PAE relaie l’information ainsi que les maires des deux communes qui envoient un courrier personnalisé, le CPIE de Saint-Just, les associations locales, les travailleurs sociaux…. Ce sont finalement quelque cent-vingt personnes qui sont rencontrées individuellement et acceptent ensemble de relever le défi : « Pas de sélection ! précise Denis Prost. Nous ne listons que les compétences, les motivations, les savoir-faire et les acquis. »

Parallèlement, sont identifiés par les chercheurs d’emploi, les élus, les entreprises, les associations et les habitants tous les travaux utiles à réaliser : des bancs et un cheminement de promenade autour de l’étang, une aide aux enfants pour traverser la rue devant l’école, des petits services du quotidien pour les personnes âgées à faibles revenus, des activités de réparation pour améliorer la seconde vie des objets… : « Tous, collectivement, nous devenons co-constructeurs de l’entreprise en devenir. » 

Chômeurs, patrons, élus au coude à coude à Paris

Avril 2015. Tandis que les territoires bouillonnent d’impatience, le niveau national tarde à s’éveiller. Alors, de concert, les territoires en mouvement décident de se rendre à Paris pour faire entendre leur voix. Ce jour-là, dans le car qui quitte Pipriac, chercheurs d’emploi et chefs d’entreprise sont coude à coude. Et ça discute ferme ! « Non, les chômeurs ne sont pas tous des fainéants ! Non les patrons ne sont pas tous des exploiteurs ! » 

« Ce voyage en car a été pour moi un déclic, confie Jean-François Bertin, marbrier à Pipriac, je n’oublierai jamais cette manifestation à Paris qui m’a ouvert les yeux. Nos préjugés nous aveuglent. J’ai découvert des gens plein de compétences, de motivation et de bonne volonté, mais qui sont face à un mur et qui ne trouvent pas de travail. »

C’est la fierté du territoire qui s’affirme dans les rues parisiennes, écharpes tricolores des élus en tête : « Nous pouvons innover et trouver des solutions face au problème du chômage, là où la capitale patine depuis des années ! » Une délégation est reçue à l’Assemblée nationale. Chacun repart confiant. De retour, chefs d’entreprise et chercheurs d’emploi rejoignent le comité de pilotage du projet qui y trouve un second souffle… En juillet 2015, une pré-proposition de loi est élaborée. Une délégation parisienne vient à la rencontre des acteurs des territoires pilotes. Beaucoup de craintes tombent. En novembre, le Conseil économique, social et environnemental présente son rapport avec les conditions de réussite de l’expérimentation.

Une « grève du chômage » et une loi votée à l’unanimité

Pendant ce temps, pour ne pas être oubliés et pour continuer à faire tomber les a priori, les quatre territoires organisent en octobre, la « grève du chômage ». Pendant une demi-journée, à Pipriac et à Saint-Ganton, une quarantaine de personnes privées d’emploi réalise bénévolement toutes sortes de travaux utiles. De nombreux médias relaient le message.
En décembre, la loi est discutée par les députés. En janvier 2016, les sénateurs l’adoptent puis, en février, à l’unanimité, lAassemblée nationale. « Concrètement, explique Denis Prost, cette loi autorise, dans dix micro-territoires et pour cinq ans, l’embauche en CDI et au smic, de chômeurs privés d’emploi depuis plus d’un an, résidant depuis au moins six mois sur les territoires définis, via des entreprises de l’économie sociale et solidaire spécialement créées pour l’occasion ou émanant d’entreprises sociales existantes. »L’idée a conquis partenaires politiques et financiers qui ne tardent pas à exprimer leur soutien : le conseil régional de Bretagne, la communauté de communes du pays de Redon, Bretagne Active, la Fondation de France, le Fonds social européen, le conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, qui se dit prêt à reverser au projet les économies réalisées. « Pendant les cinq années d’expérimentation, poursuit Denis Prost, vont être repérées toutes les économies ainsi réalisées. Nous voulons montrer qu’il y a une véritable amélioration de la qualité de vie sur le territoire au travers de tous les effets induits par les prestations fournies ». Et aussi, sans doute, par le bien-être retrouvé…

Beaucoup repose maintenant sur l’entreprise TEZEA

Le 28 octobre 2016, les candidatures officielles sont déposées. Dix territoires sont retenus. A Pipriac et Saint-Ganton, l’entreprise TEZEA voit le jour, association soumise à l’impôt, chargée d’embaucher à compter de janvier 2017. Elle est aujourd’hui co-dirigée par Guillaume Bonneau et Serge Marhic. Le Point accueil emploi reçoit en entretien les personnes candidates, privées d’emploi depuis au moins un an, repère les compétences et vérifie les critères d’éligibilité. Il transmet les candidatures à TEZEA qui procède à l’embauche, après un entretien pour confirmer les compétences et savoir-faire des personnes et faire le lien avec les activités disponibles.

La personne devient salariée en CDI tout en restant inscrite dans une catégorie particulière créée par Pôle emploi pour continuer à bénéficier de certains services et évoluer vers un autre emploi en fonction d’opportunités futures sur le marché du travail : « Toutes les personnes volontaires sont recrutées sans sélection. En contrepartie, le Fonds verse à TEZEA un certain montant par an, pour chaque personne embauchée. Chaque territoire est libre de demander au Fonds le montant qui lui parait nécessaire et dont il a besoin pour équilibrer son entreprise en fonction du montant des heures de prestations vendues, dans le principe d’une solidarité entre territoires. »

Peuvent acheter les prestations, les collectivités, les entreprises mais aussi les particuliers. TEZEA a aussi ses activités propres en ateliers afin de générer elle-même des heures de travail, sur la base de 35 heures par semaine. « Tous les voyants sont au vert,estime Denis Prost, devenu responsable opérationnel du projet. A charge maintenant pour TEZEA, et tous ses partenaires, de trouver les activités en fonction des compétences des candidats. Bien sûr, les personnes doivent rester ouvertes à toutes les opportunités d’emploi durable qui peuvent se présenter en dehors de TEZEA. Mais tant qu’elles n’ont pas trouvé, elles restent dans TEZEA… Il n’est pas question qu’elles retournent au chômage ! »

 

Karine : « C’est tellement de valeur personnelle retrouvée »

« Ce projet, souligne Karine, « chercheuse d’emploi », nous l’avons construit ensemble. Au fil des mois, nous avons appris à nous connaître, nous savons les différentes attentes de chacun et les galères traversées. Mes compétences correspondent aux attentes des « fonctions support » de TEZEA, accueil, contact clients, comptabilité… Des tâches que j’ai apprises et que je sais faire en partie. J’ai pu continuer à me former à la Maison familiale de Guipry-Messac. Nous sommes tous remplis d’espoir et tous solidaires, à fond à 100 %. C’est tellement de valeur personnelle retrouvée. Enfin, on va se sentir utile. »

« Ce qui est formidable, ajoute David, c’est que les patrons sont associés avec nous et c’est une sécurité pour les cinq ans de l’expérimentation. Avec ma femme, on est vraiment confiant. Nous aurons un salaire équivalent au SMIC. Vous vous rendez compte : je vais passer de 400 à plus de 1000 euros par mois ! J’ai tellement hâte de sortir à nouveau de la maison, d’aller travailler, de ne plus compter sur l’argent du chômage pour vivre sans savoir si les droits sont renouvelés ou pas. C’est infernal comme situation. On ne peut jamais faire de projets. On attend sans jamais savoir si on peut offrir quelque chose à nos petits. On se fige, on survit. En plus des emplois que ce projet va créer, c’est aussi plus d’entraide sur le secteur. J’ai retrouvé l’espoir que j’avais avant. »

Tugdual Ruellan

 

Le projet Territoire zéro chômeur de longue durée
Présentation du projet initié par le réseau Emploi-Formation d’ATD Quart Monde.
Site ATD Quart Monde
Site ZerochomeurdelonguedureeLa loi d’expérimentation territorialeLa Loi n° 2016-231 du 29 février 2016 d’expérimentation territoriale visant à résorber le chômage de longue durée dessine une autre voie dans la lutte contre le chômage de longue durée « en réaffectant les coûts dus à la privation durable d’emploi pour aider à financer de manière pérenne des emplois, socialement utiles, pour les territoires et non concurrentiels avec ceux existants localement ». Elle permet de créer un fonds national. Elle définit le cadre de l’expérimentation et la mécanique du projet. Elle qualifie un comité scientifique chargé du suivi.
LIRE ICI.Le Fonds d’expérimentation territoriale contre le chômage de longue durée

En juillet 2016, a été créé le Fonds d’expérimentation territoriale contre le chômage de longue durée. Il est présidé par Louis Gallois qui a tour à tour dirigé la Snecma, l’Aérospatiale, la SNCF, EADS, Airbus ; il est aussi président de la Fnars depuis 2012. A titre bénévole, il  accompagne le déploiement de la loi d’expérimentation et veille à son efficacité. Il est soutenu par Michel de Virville, vice-président, connaisseur des questions sociales, après avoir occupé notamment les fonctions de conseiller-maitre à la Cour des comptes et de secrétaire général du groupe automobile Renault.
Constitué en association, le Fonds est administré par un conseil d’administration réunissant des représentants de l’État, des organisations syndicales de salariés et d’employeurs, des associations de collectivités territoriales, des parlementaires, des comités locaux et autres organismes publics impliqués dans le dispositif. Il est chargé d’amorcer le projet et de mettre en place les outils nécessaires à la réalisation de la loi d’expérimentation, en lien avec les équipes opérationnelles, les comités locaux de pilotage et les entreprises « à but d’emploi » qu’il va conventionner et cofinancer. Lire ICI.

(*) Le combat d’un homme, Patrick Valentin

Patrick Valentin, dont on peut retrouver ce portrait-interviewsur Histoires Ordinaires, est, dans les années 90, responsable du Réseau emploi-formation d’ATD Quart monde. Il est persuadé qu’il y a en France une multitude de travaux à effectuer, insuffisamment rentables pour que l’économie ordinaire s’y intéresse et crée des emplois pour les effectuer. « Nous n’avons pas pris en compte, confie-t-il en octobre 2015 à Histoires Ordinaires, tout le potentiel que représente la libération du travail contraint. Puisqu’on s’en libère, en mettant des robots, profitons-en pour faire du travail utile. Nous sommes masochistes, un masochisme soigneusement étudié qui arrange les plus riches, comme toujours. On pourrait faire beaucoup mieux, on en a les moyens.

Des travaux contraints sont hyper lucratifs alors qu’ils sont éventuellement malsains, et des travaux utiles ne sont absolument pas rémunérés alors qu’ils sont d’une très grande valeur. Il y a un divorce entre le contraint et l’utile (…) Vous avez des gens qui savent travailler, du boulot utile tant et plus et de l’argent qui dort au sens économique : il sert à soutenir de façon très onéreuse pour la collectivité et de façon très médiocre pour les personnes, les gens privés d’emploi. Cela coûte 15.000 à 20.000 € par personne et par an à la collectivité, alors que vous avez des gens qui ne demandent qu’à travailler et plein de boulots utiles à faire (…) Imaginons un peu que toutes les administrations se mettent à phosphorer ensemble pour tenter le pari ? »

Mais comment passer d’un système contingenté, comme nous savons si bien en produire en France, à un système décontingenté dans lequel on crée autant de places qu’il y a besoin d’emplois pour des personnes au chômage en affirmant que le coût pour la collectivité ne sera pas plus élevé ? Comment faire en sorte que l’argent apporté d’un côté soit économisé de l’autre ? Comment déplacer les 15 000 à 20 000 € du chômage (allocations, manque à gagner, coûts induits…) pour créer ces nouveaux emplois ? Patrick Valentin lance une première expérimentation, vite limitée pour des raisons légales et techniques. En 2011, il relance l’idée d’une expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée ».

Objectif : pouvoir proposer à tous les chômeurs de longue durée d’un territoire un emploi adapté à leurs compétences, à temps choisi. Le principe : créer ou s’appuyer sur des entreprises solidaires pour créer des CDI au Smic. Financer ces emplois supplémentaires en réorientant les coûts de la privation d’emploi vers le financement d’un marché du travail nouveau et complémentaire. Un préalable : ne répondre qu’à des besoins des territoires non satisfaits, sans se substituer aux emplois existants. ATD Quart monde est séduite, elle qui se bat depuis des années pour que personne ne soit laissé de côté.

Les cerveaux phosphorent. Les rencontres se multiplient avec syndicats, patronat, élus, ministères, secteur de l’insertion par l’activité économique… mais rien ne bouge. Le gouvernement renvoie les militants vers une administration statique, cherchant davantage à sauver et à aménager l’existant plutôt qu’à créer et à innover. Quelques députés montent au créneau comme Jean-René Marsac, député de Redon, ancien président et secrétaire général de la Coorace, Coordination des associations d’aide aux chômeurs par l’emploi, délégué à l’économie sociale et solidaire au Conseil régional de Bretagne, ou Laurent Grandguillaume, député de la Côte-d’Or, spécialiste des questions liées à l’entreprise. Il faudra attendre 2017 pour que l’utopie de Patrick Valentin devienne réalité.

Sources : https://www.histoiresordinaires.fr/

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